L’appel du pape François à la sainteté dans le monde actuel
Article mis en ligne le 15 mai 2018

par Père Stéphane, sj
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Gaudete et exsultate. « Soyez dans la joie et l’allégresse » (Matthieu 5, 12). « Marche en ma présence et sois parfait » (Genèse 17,1). Dans cette exhortation apostolique rendue publique le 19 mars, l’intention du Pape est « de faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités » (§2).

Deux grands passages de l’Évangile encadrent l’itinéraire que le pape François nous invite à parcourir personnellement : les Béatitudes (Matthieu 5, 3-12 et Luc 6, 20-23), et le Jugement dernier (Matthieu 25, 31-46). Ces deux discours de Jésus focalisent l’attention sur le vrai visage de Dieu que nous ne savons pas voir. Car « Dieu est toujours une nouveauté, qui nous pousse à partir sans relâche et à nous déplacer pour aller au-delà de ce qui est connu, vers les périphéries et les frontières » (§135). Comme à son habitude, le pape François conjugue à la première personne : « Ce qui est en jeu, c’est le sens de ma vie devant le Père qui me connaît et qui m’aime, le vrai sens de mon existence que personne ne connaît mieux que lui » (§170).

Pour « entrevoir le mystère du projet unique et inimitable que Dieu a pour chacun » (§170), il nous faut donc « sortir ». Ce verbe d’action est présent dans la plupart des discours du Pape. Ici encore, et au risque de nous piquer au vif, il prête aux saints de nous inciter « à sortir de la médiocrité tranquille et anesthésiante » (§138). « Souvenons-nous – insiste-t-il – que ce qui est renfermé finit par sentir l’humidité et par nous rendre malades » (§133). Alors il en faut du courage – ajoute-t-il – pour « renoncer à faire de notre vie chrétienne un musée de souvenirs » (§139). En conséquence, celui qui accepte d’être ainsi bousculé « est vraiment disponible pour accueillir un appel qui brise ses sécurités mais qui le conduit à une vie meilleure » (§172).

Pour passer de l’un à l’autre, des sécurités « immobilisantes » à la plénitude de l’existence humaine, le déplacement est d’abord intérieur. Il s’agit de se mettre en contemplation « du visage de Jésus mort et ressuscité qui recompose notre humanité, même celle qui est fragmentée par les vicissitudes de la vie, ou celle qui est marquée par le péché » (§151). À la première personne, le Pape s’adresse alors directement à toi, à moi, à chacun d’entre nous, et sur le ton d’une supplication : « J’ose donc te demander : Y a-t-il des moments où tu te mets en sa présence en silence, où tu restes avec lui sans hâte, et tu te laisses regarder par lui ? Est-ce que tu laisses son feu embraser ton cœur ? Si tu ne lui permets pas d’alimenter la chaleur de son amour et de sa tendresse, tu n’auras pas de feu, et ainsi comment pourras-tu enflammer le cœur des autres par ton témoignage et par tes paroles ? Et si devant le visage du Christ tu ne parviens pas à te laisser guérir et transformer, pénètre donc les entrailles du Seigneur, entre dans ses plaies, car c’est là que la miséricorde divine a son siège » (§151).

Cette manière de prier est en vue de la mission, comme le disait déjà saint Jean-Paul II : « Si nous sommes vraiment repartis de la contemplation du Christ, nous devrons savoir le découvrir surtout dans le visage de ceux auxquels il a voulu lui-même s’identifier » (§96). Le renvoi à Matthieu 25, 35-36 est explicite : « Dans cet appel à le reconnaître dans les pauvres et les souffrants, se révèle le cœur même du Christ, ses sentiments et ses choix les plus profonds, auxquels tout saint essaie de se conformer » (§96). Par conséquent, « le critère pour évaluer notre vie est, avant tout, ce que nous avons fait pour les autres. La prière a de la valeur si elle alimente un don de soi quotidien par amour » (§104).

Parler de « critère », c’est donner toute sa place au discernement comme outil indispensable à la vie chrétienne : « Nous en avons toujours besoin pour être disposés à reconnaître les temps de Dieu et de sa grâce, pour ne pas gaspiller les inspirations du Seigneur, pour ne pas laisser passer son invitation à grandir » (§169). « Le discernement priant doit – donc – trouver son origine dans la disponibilité à écouter le Seigneur » (§172). Et en fidèle fils de saint Ignace, le pape François préconise le discernement des esprits : Il « nous libère de la rigidité qui n’est pas de mise devant l’éternel aujourd’hui du Ressuscité. Seul l’Esprit sait pénétrer dans les replis les plus sombres de la réalité et prendre en compte toutes ses nuances, pour que, sous un nouveau jour, émerge la nouveauté de l’Évangile » (§173). Sommes-nous suffisamment habités par ce désir-là ?

Père Stéphane, sj

Un p’tit mot, trois p’tits pas n°94 - mai 2018

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