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Liberté, égalité, FRATERNITÉ
Article mis en ligne le 23 août 2018

par Père Stéphane, sj
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Le parent pauvre de la trilogie républicaine vient d’obtenir sa pleine reconnaissance par la décision du 6 juillet 2018 du Conseil constitutionnel de sanctuariser le «  principe de fraternité  ». Elle affirme «  la liberté d’aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national  ».

Est ainsi consacrée la solidarité à l’égard des personnes migrantes, enfants, femmes et hommes rescapés de la traversée de milliers de kilomètres et de tous les dangers auxquels ils ont été exposés pendant des semaines et des mois. Désormais le «  principe de fraternité  » ne supporte aucune exception.

Cette décision nous concerne au premier chef. N’oublions pas en effet que la majorité des entrées illégales sur le territoire national français, et depuis avant les migrations massives de réfugiés vers l’Europe, est comptabilisée dans notre région du sud-ouest de l’océan Indien, à Mayotte. Nous en connaissons toutes les conséquences de déstabilisation de cette petite société insulaire, et tous les défis à relever, collectivement, c’est-à-dire avec notre implication ici à La Réunion. Dans le Quotidien du 11 juillet, l’avocate Marjane Ghaem, spécialisée dans le droit des étrangers au barreau de Mamoudzou, donnait la mesure du changement voulu par «  les Sages de la République  » : «  Une fois que les personnes sont arrivées sur le territoire, le citoyen lambda ou l’association qui apporte une aide dans un but humanitaire ne sera plus inquiétée  ».

La Fraternité, c’est aussi ce qui s’est exprimé avec force en Thaïlande pendant les jours interminables où douze jeunes et leur animateur sont restés prisonniers au fond d’une grotte, sous la menace d’une mort certaine par noyade en cas de montée des eaux. L’exploit réalisé par les sauveteurs a été rendu possible par une mobilisation mondiale. La prouesse a été en effet le résultat de la mutualisation humaine et de moyens décidée et mise en œuvre entre plusieurs pays. «  Mission impossible  », et pourtant bien réelle, résultat de la solidarité sans faille à laquelle chacun a bien voulu apporter son concours, à l’image du groupe des victimes extrêmement soudé. Le JIR du 12 juillet rapporte ainsi le propos d’un haut responsable thaïlandais : «  C’est peut-être parce qu’ils étaient ensemble, comme une équipe, s’aidant les uns les autres  ».

De ce fait, du particulier à l’universel, la chaîne humaine a montré sa solidité et sa capacité à faire face à une situation extrême. Jouer groupé, jouer l’équipe, l’humanité n’a jamais eu d’autre attitude plus sûre pour assurer sa survie et son développement. Vérité de toujours, et pourtant si vite oubliée dès que de meilleures conditions de vie conduisent au bien-être et à l’individualisme qui souvent l’accompagne. Chacun est alors tenté de limiter son champ de vision à son petit univers et à ses petits intérêts. Que d’autres, ailleurs sur la planète, se massacrent ou meurent de famine ou de maladie, suffisamment loin de lui pour ne pas l’incommoder et le perturber, le laisse indifférent. Sa seule vigilance est de s’assurer que la misère du monde ne vienne pas faire éclater sa bulle  !

Or, pendant ces deux semaines du sauvetage des douze adolescents thaïlandais, les morts de cette misère du monde se sont comptés par milliers… Il n’empêche, et c’est tout le sens prophétique d’une Mère Teresa, que c’est avec des gouttes d’eau que notre humanité com mune est capable de remplir la mer  ! C’est avec notre détermination personnelle que nous pouvons assurer «  la sauvegarde de notre maison commune  ». Le pape François nous l’a rappelé avec force dans son encyclique Laudato Si’. Ti pas, ti pas, la Fraternité est ce moteur le plus intérieur à notre commune humanité pour préserver et embellir nos relations, dans l’esprit que tout est lié, l’homme et son environnement et tous les hommes entre eux. La Fraternité est le repère essentiel de notre identité humaine. Pour le croyant, elle l’ouvre à la plénitude de l’Humanité en Dieu son Créateur.

Un p’tit mot, trois p’tits pas n°95 - Août 2018

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