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« La vraie surprise, c’est d’être changé par l’autre »
Article mis en ligne le 29 septembre 2019

par Admin

Le père François Noiret a été interviewé dernièrement par le quotidien La Croix. Extrait de l’interview et lien vers l’article intégral.

La Croix : Être missionnaire, c’est rencontrer la différence d’une culture, d’une
langue... Pouvez-vous évoquer quelques surprises qui ont marqué vos cinquante années à Madagascar ?

Père François Noiret : Quand on vit dans une culture aussi différente que celle de Madagascar, tout est occasion de surprises. Ces émotions peuvent être très fortes, violentes même, mais je précise tout de suite que ces surprises-là restent superficielles. Ce ne sont pas les vraies surprises...

Quand je suis arrivé sur l’île en 1971, j’étais novice jésuite et j’enseignais le français dans le cadre de la coopération. Quand vous débarquez, vous êtes tout neuf. Tout est beau, tout est joli, tout est intéressant. Les surprises sont quotidiennes : manger la viande avec ses doigts, réussir à se raser avec un verre d’eau, être assis sur la natte et apprendre à faire monter la nourriture vers le plus ancien de la famille, en signe de respect...

Il y a aussi les surprises liées à la différence de la langue. Quand vous êtes seul dans un pays dont vous ne comprenez pas la langue, vous avez vite l’impression que tout le monde se moque de vous. Il y a de quoi devenir un peu fou (rires).

Je pourrais citer l’exemple d’une mémorable dispute avec l’un de mes amis malgaches, Marcel. On est en 1972, c’est la fin des accords de coopération et du régime colonial. Marcel est l’un de mes élèves. Nous avons pratiquement le même âge et je vis avec lui, chez sa mère, parce que l’école est fermée en raison de la situation politique. Ensemble, on parle beaucoup de l’identité malgache. Un jour, je lui pose une question qui me paraît anodine et, tout d’un coup, il explose de colère. Et pendant trois jours, il ne me parle plus du tout... Plus tard, je lui ai demandé pourquoi il s’était fâché. Il m’a répondu : « Tu poses des questions qui sont piquantes. » Je ne sais toujours pas ce qui a causé sa colère. Pour finir, on a convenu que je pouvais lui poser toutes mes questions et qu’il pouvait me répondre... ou pas !

Parfois les différences sont tellement vertigineuses, qu’on se demande si on est de la même humanité. Est-ce qu’il y a une nature humaine ? Est-ce qu’on est les mêmes hommes ? Il faut beaucoup de temps pour parvenir à se rencontrer. Il faut passer par un apprentissage, comme pour les langues. Tous les langages peuvent se traduire l’un dans l’autre, bien qu’ils n’aient rien à voir. Pour les hommes, c’est pareil.

Pourquoi dites-vous qu’il ne s’agit que de « surprises superficielles » ?
P. F. N. : Pour moi, la surprise, c’est désormais autre chose. Lire la suite de l’article sur le site de La Croix