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Jésuites à La Réunion
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Portrait : P. Thang Nguôn
Article mis en ligne le 14 février 2020
dernière modification le 15 février 2020

par P. Thang Nguôn sj

Pour beaucoup de Vietnamiens, mon nom de famille (NGUÔN) n’indique pas que je suis d’origine vietnamienne : c’est un nom cambodgien. Mes ancêtres paternels ont quitté le delta du Mékong vietnamien pour s’établir au Cambodge. J’ai vu le jour en 1963 au Vietnam et je suis l’aîné d’une fratrie de cinq garçons et une fille. Je suis arrivé en France à treize ans avec ma famille. Nous nous sommes installés à Rouen où se sont déroulées mes études jusqu’au bac. Mon apprentissage du français s’est fait avec mes camarades de classe. Après mes études commerciales, je fus « Store Manager » dans une entreprise commerciale pendant quatre ans, une période riche d’expériences humaines qui m’a aidée pour ma vocation.

Je suis entré dans la Compagnie à 28 ans. J’ai été ordonné en 2000 à Cergy. J’ai passé ensuite six années à Bordeaux comme formateur en insertion sociale (AFEPT) et aumônier au collège jésuite Saint-Joseph de Tivoli. Après mes derniers vœux en 2007, j’ai été envoyé à Saint-Étienne où je suis resté onze ans. Pendant cette période, je donnais des cours de formation humaine, surveillais les études du soir, dans un lycée professionnel jésuite (Le Marais Sainte-Thérèse).

Par choix, j’ai vécu, pendant plusieurs années, avec une demi-communauté jésuite, dans une habitation à loyer modéré (HLM). Vivre les uns sur les autres n’est pas toujours facile car on ne peut pas éviter les jésuites, les voisins et l’environnement ambiant. Le moindre dérangement dans ce qu’on a prévu, prend des dimensions catastrophiques insoupçonnées. Saluer les gens de l’immeuble demande parfois beaucoup d’efforts lorsque vous savez qu’un membre d’une famille a forcé votre boîte aux lettres. Pour moi, c’était un lieu d’épreuves qui montraient mes limites et mes fragilités, mais dans le même temps, que de bons souvenirs avec les moments de réconciliation ! C’était un lieu de confrontation avec mes propres fragilités : une leçon de vérité, d’humilité et de réconciliation avec les autres et avec moi-même.

Mon insertion apostolique s’est faite surtout auprès de la jeunesse, notamment auprès des adolescents. Ayant vécu dans un régime totalitaire où le parti politique contrôle tout, en particulier l’éducation de la jeunesse, il me semble important que les jeunes puissent entendre parler au moins une fois dans leur vie du message de l’Évangile, sans qu’on soit forcément explicite ni prosélyte. Je crois que je n’ai converti aucun jeune au Christ, mais c’est dans ce monde d’adolescents que ma foi et ma vocation ont évolué.

En conclusion, j’emprunterai à un jeune jésuite cette réflexion : « La vie religieuse est la seule aventure qu’offre la société moderne ». Pour moi, cette aventure se poursuit à Saint-Denis (La Réunion).

Source : Revue Échos jésuites, été 2019.


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