«  Allons annoncer aux pauvres la Bonne Nouvelle  !  »
Article mis en ligne le 1er février 2018

par Père Stéphane, sj
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«  Un enfant nous est né, un fils nous est donné  » (Isaïe 9). «  Il délivrera le pauvre qui crie, et le malheureux qui n’a pas d’aide  » (psaume 72).

La pauvreté, voilà une situation humaine que nous pensions voir disparaître avec la modernisation de notre société. La multiplication des grandes surfaces accompagnait la croissance du niveau de vie de l’ensemble de la population. Et à défaut d’un revenu du travail pour tous, la solidarité nationale était au rendez-vous pour verser à chacun de l’argent sous forme d’allocations diverses. Le système était ainsi en capacité de s’auto-alimenter : même le chômeur pouvait aller pousser son caddy mensuel rempli bien au-delà du strict nécessaire à la survie  ; car au sans-emploi était aussi offert l’accès à des biens de consommation qui auparavant n’apparaissaient pas comme indispensables, de l’électroménager à l’électronique, de l’informatique au numérique.

Et puis sont apparus les travailleurs pauvres. Ces hommes et ces femmes disposant pourtant d’un emploi et d’un salaire, mais dont l’ensemble des revenus ne leur permettait plus de faire face aux dépenses les plus ordinaires et les plus incontournables, de l’alimentation au logement, du transport à l’habillement, de l’éducation aux loisirs. Et il est devenu habituel de voir beaucoup de ces travailleurs pauvres renoncer à un loyer pour vivre dans leur voiture, faire la file dans les distributions alimentaires, solliciter les CCAS et les structures d’aide aux démunis, ne plus se soigner et ne plus s’équiper de lunettes et autres prothèses médicales.

Avec ces travailleurs pauvres, les indicateurs matériels de la pauvreté réapparaissaient : revenus insuffisants, logements insalubres, santé défaillante, éducation incomplète, formation inaccessible, sous-emploi. Le cumul de ces précarités imposait d’un seul coup à notre conscience l’effet le plus radical et le plus dramatique de la pauvreté : la stagnation, l’immobilité, la paralysie. La personne pauvre est en effet comme figée dans des conditions de vie qui ne lui autorisent plus aucune marge de manœuvre pour modifier quoi que ce soit à sa situation. La pauvreté bouche tout horizon, elle empêche toute initiative. Elle est de l’ordre d’une privation de liberté, et elle s’accompagne alors souvent d’une perte de l’estime de soi. La dignité humaine s’en trouve profondément atteinte.

Nous ne sommes pas au siècle de Zola, le XIXe, pour écrire ces lignes. Nous sommes au XXIe siècle, dans les premières semaines de l’année 2018. Et le Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) de La Réunion, conseil consultatif auprès des élus du Conseil régional, a adopté, à l’unanimité des membres présents ou représentés à l’assemblée plénière du 1er décembre 2017, le rapport intitulé Regard sur la pauvreté à La Réunion, que chacun peut aller lire et télécharger sur le site public du Ceser.

Le constat le plus déterminant est l’absence d’un projet de société défini et partagé nout’ tout’ ensemb’ : «  Des mesures conjoncturelles ajoutées les unes aux autres n’ont pas résolu et ne résoudront pas ce problème structurel de société qui est un problème de sens. Ainsi, l’importance de la pauvreté à La Réunion représente un véritable défi à relever, mais celui-ci n’est pas uniquement d’ordre social ou économique. C’est avant tout un enjeu sociétal d’ordre public. L’amélioration durable des conditions de vie des Réunionnais en situation de pauvreté se réalisera donc grâce à la définition d’un projet de société, collectif et partagé  » (p.30).

La conclusion s’impose : «  En définitive, c’est une prise de conscience de l’ensemble de la société réunionnaise qui avant tout est nécessaire, accompagnée d’une volonté affirmée de l’État, pour viser ensemble un développement qui ne laisse pas de Réunionnais sur le bord de la route. Dépasser la pauvreté à La Réunion, c’est agir pour les Réunionnais, avec les Réunionnais, afin de faire grandir notre île vers une société plus harmonieuse et plus égalitaire  » (p.44).

Le voulons-nous en 2018  ? Avons-nous envie de créer les conditions de cette réussite collective  ? Tous les plans et schémas régionaux et départementaux existants ne le feront pas à notre place, pas plus que les résolutions à venir des Assises des Outre-mer. Mettre notre île en l’air est notre affaire à tous : Un main i lave l’aute  ! Bonne année  !!!

Père Stéphane sj

Un p’tit mot, trois p’tits pas n°92, février 2018

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