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Film et Spiritualité : Rebelle
Article mis en ligne le 15 novembre 2021

par Équipe Film & Spiritualité

Film de Kim Nguyen (Canada, 2012) avec Rachel Mwanza, Serge Kanyinda. Nombreuses récompenses, dont la mention spéciale du jury œcuménique et l’Ours d’argent de la meilleure actrice au Festival de Berlin. Durée : 90 minutes. Version sous-titrée.

En pleine guerre civile en Afrique subsaharienne, Komona, 12 ans, est enlevée par des rebelles et forcée d’abattre ses parents à bout portant. Dans la jungle, elle rencontre « Magicien », un garçon albinos dont elle tombe amoureuse...

Le réalisateur canadien Kim Nguyen signait en 2012 avec Rebelle son quatrième long-métrage. Il en a depuis réalisé trois autres, ainsi qu’un documentaire, mais Rebelle reste le plus remarqué, récompensé par de nombreux prix.

Le film aborde avec finesse l’existence des enfants-soldats, une réalité présente dans différentes parties du monde – même si l’histoire se situe, cette fois, en Afrique. Un tel sujet pourrait conduire à des explosions de violence sur l’écran. Mais il n’en est rien. La réalisation n’ajoute rien à la dureté intrinsèque des faits. Certains épisodes, particulièrement dramatiques, sont même traités comme des « cauchemars éveillés » (ceux que vit justement Komona) : le flou du rêve vient estomper la violence, sans pour autant la nier.

Ce procédé de mise à distance n’empêche pas les spectateurs de se sentir concernés, car toute l’histoire est racontée du point de vue de Komona. Nous voyons à travers son regard. Et dès les premières images, une voix hors champ se fait entendre, la voix intérieure de Komona qui parle à son enfant à naître : « Un jour, tu vas sortir de mon ventre, c’est sûr, alors il faut que je te dise comment je suis devenue un soldat avec les rebelles. Écoute bien quand je te raconte mon histoire, parce que c’est important que tu saches c’est quoi la vie de ta maman avant que tu sortes de mon ventre, parce que quand tu vas sortir, je sais pas si le bon Dieu va me donner assez de force pour t’aimer. J’ai commencé à faire la guerre quand les rebelles de Grand Tigre Royal sont venus me chercher dans mon village... »

L’histoire d’amour entre Komona et Magicien nous offre un moment de fraîcheur puis nous fait basculer dans une autre dimension : on passe du drame individuel à une histoire plus large, celle d’une région pauvre, instable, où la sécurité ne tient qu’à un fil, mais où les personnes tiennent bon grâce aux valeurs héritées de leurs ancêtres.
Mais c’est peut-être aussi l’Afrique, qui est racontée ici. Au-delà de l’histoire d’une adolescente, celle de ce continent morcelé, piétiné mais qui ne cesse de puiser en lui-même les ressources nécessaires pour survivre, pour progresser. Des ressources qui ont pour noms « courage », « entraide », « bonté »… entre autres. Si bien qu’en dépit de la gravité du sujet, on se sent, après le film, comme vivifié : un avenir est possible. Pour Komona… et pour tous ceux qui, confrontés à des situations inhumaines, ne perdent pas espoir et luttent pour en sortir.